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Les bons mots sur les vrais maux 

L’insécurité et l’immigration, bien qu’elles ne soient pas consubstantielles, seront à n’en pas douter des thèmes centraux de la prochaine campagne présidentielle. Pas parce que certains partis ou politiques en font l’ossature de leur rhétorique, mais parce que ces questions préoccupent la grande majorité des Français.

Ces deux sujets sont hautement sensibles, car en fond se trouvent des femmes et des hommes, des victimes, la misère et la pauvreté, des différences culturelles et religieuses, des peurs enfouies, des amalgames et des confusions (auxquels nous n’échappons pas en traitant ces deux thèmes de façon conjointe)… C’est pourquoi les discussions et les débats tournent souvent courts, pas uniquement chez les politiques ou dans les médias, mais aussi chaque jour, entre citoyens. Les invectives et le déni des arguments de l’autre l’emportent sur la rationalité. Les « t’es raciste », « t’es extrémiste » répondent aux « t’es déconnecté des réalités », « tu ne vis pas sur la même planète ».

Alors est-il possible d’évoquer sereinement ces sujets ? Une forte proportion de chefs d’entreprise le pense. En fait, elle est là la véritable responsabilité des politiques et des médias, eux qui devraient être en principe plus éclairés que les citoyens, et davantage les éclairer. Se répéter à l’envi sur l’échec de l’intégration, sur la fermeture des frontières, sur le sentiment grandissant d’insécurité ne résout pas les problèmes. Certes, ces politiques captent et rallient habilement à leur cause les personnes en perte de repères et celles, très nombreuses, fatiguées de l’impuissance des gouvernants successifs. Mais pour faire quoi, car au final la réalité est si complexe qu’elle rend inapplicables les solutions toutes faites et grossières ?

Les problèmes existent, il est inutile de les nier. Si l’outrance n’a jamais été la voie, elle a le mérite d’exhorter une société trop policée, où le parler vrai a laissé la place au parler mou, au langage édulcoré, sans aspérités. La politique en est devenue la caricature même. A ne pas vouloir voir ce qui est, à refuser d’entendre ce qui se dit ou se murmure, à ignorer les craintes inavouées d’une grande partie de la population, les gouvernants créent de l’incompréhension, de la frustration voire de la haine. A ne pas utiliser les bons mots pour décrire les vrais maux, ils faussent le diagnostic et proposent des réponses inappropriées.

Si l’on veut admettre que la politique est un métier qui nécessite des compétences spécialisées, comme tout un chacun dans sa propre activité, le citoyen est alors en droit d’être exigeant sur le niveau de « prestations ». A défaut, il est tout aussi logique que le citoyen éconduise l’élu, à l’instar du client non satisfait de la qualité d’un bien ou d’un service qui se détourne de son fournisseur. Les professionnels de la politique n’ont pas dû répondre à cette exigence, sinon les patrons de TPE n’aspireraient pas aussi massivement à ce que le prochain président de la République soit issu de leur rang.

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