Les pièges à éviter lors de l’analyse des soldes intermédiaires de gestion

Les pièges à éviter lors de l’analyse des soldes intermédiaires de gestion

Les règles de calcul des soldes intermédiaires de gestion définies par le Plan Comptable Général de 1982 peuvent fausser leur analyse et conduire à des conclusions erronées. Voici quelques exemples de points d’attention ou de retraitements pouvant être opérés. 

Lorsqu’ils procèdent à l’analyse économique et financière d’une entreprise, les experts-comptables, les organismes de gestion agréés, les conseillers bancaires, ou la Banque de France, s’appuient, entre autres informations, sur la lecture du tableau des soldes intermédiaires de gestion (SIG).

Normalisé par le Plan Comptable Général de 1982, ce document est en fait une présentation spécifique du compte de résultat, dont l’objectif est de dégager une série d’indicateurs qui en expliquent la formation, sous un angle plus analytique que dans le compte de résultat classique.

Vous pouvez accéder ci-dessous à un tableau des soldes intermédiaires de gestion : 

Les SIG mettent en évidence les performances de l’entreprise dans les principales composantes de son cycle de vente ou de production, et permettent leur suivi dans le temps, ainsi que leur comparaison avec celles des entreprises du même secteur d’activité.

Les bases publiques ou privées qui fournissent des données sectorielles présentent bien souvent les statistiques des résultats d’un secteur d’activité ou d’une profession sous la forme de SIG.

Mais les règles de calcul des SIG qui ont été définies par le normalisateur comptable peuvent conduire à des conclusions erronées : c’est pourquoi l’analyse des SIG d’une entreprise, ainsi que leur comparaison avec les SIG d’une base sectorielle (ou avec les SIG d’une autre entreprise), nécessitent parfois des retraitements pour être pertinentes.

 

Voici quelques exemples de points d’attention ou de retraitements à opérer (le numéro indiqué est repris dans le tableau des SIG ci-dessus).

① Chiffre d’affaires

Cela peut paraître étonnant mais le montant du chiffre d’affaires ne figure pas dans le modèle de tableau des soldes intermédiaires de gestion issu du Plan Comptable Général. Il s’agit toutefois d’une donnée dont la lecture est indispensable pour mesurer le niveau d’activité d’une entreprise.

② Marge commerciale

La marge commerciale, calculée en montant et en pourcentage du chiffre d’affaires, est un des indicateurs les plus importants pour une entreprise de négoce. Mais selon le mode de comptabilisation choisi par l’entreprise, les frais accessoires sur les achats de marchandises (par exemple, les transports sur achats, les commissions sur achats …) sont pris en compte soit dans le calcul de la marge commerciale, soit dans celui de la valeur ajoutée. Lorsque leur montant est significatif, il est préférable qu’ils impactent le montant et le taux de la marge commerciale. Si ce n’est pas le cas, un retraitement est donc nécessaire pour l’analyse des SIG : ils sont à ajouter au coût des marchandises vendues.

③ Production de l’exercice

Le montant de la production de l’exercice est un indicateur important pour les entreprises qui produisent ou fabriquent des biens, et pour les prestataires de services. Il n’est pas de nature homogène puisqu’il totalise des postes valorisés en prix de vente (la production vendue) avec des postes valorisés en prix de revient (la production stockée et la production immobilisée).

Cet indicateur ne nécessite pas de retraitement particulier, mais son évolution est à analyser avec précaution. En effet, un accroissement de la production de l’exercice qui serait lié à un accroissement de la production stockée par exemple, pourrait ne pas être un signe de progression de l’activité dans l’hypothèse où les produits en stock ne seraient pas vendus dans des délais normaux pour l’entreprise.

④ Valeur ajoutée

Cet indicateur exprime la création ou l’accroissement de valeur apportés par l’entreprise aux biens et services en provenance de tiers, et que l’entreprise a utilisés dans l’exercice de son activité courante. Son expression en pourcentage du chiffre d’affaires facilite les comparaisons entre entreprises du même secteur d’activité.

Mais plusieurs postes compris dans les « consommations en provenance de tiers » en application des règles comptables sont à retraiter pour une analyse pertinente de la valeur ajoutée et des autres soldes intermédiaires de gestion, ainsi que pour une meilleure comparabilité entre entreprises du même secteur d’activité.

Il s’agit tout d’abord de prestations ou de travaux que l’entreprise a externalisés alors qu’ils sont le plus souvent directement pris en charge par les entreprises elles-mêmes. Sont notamment concernées :

  • les charges de sous-traitance : les achats de services ou de biens à des sous-traitants sont à exclure des consommations en provenance de tiers pour être déduits dans le calcul de la production de l’exercice (3). Ce retraitement ne change pas le montant de la valeur ajoutée, mais permet de déterminer le montant de la production réalisée par l’entreprise elle-même ;
  • les charges de personnel extérieur à l’entreprise : il s’agit des charges de personnel intérimaire, ainsi que des charges de personnel détaché ou prêté à l’entreprise. Elles constituent des charges de personnel par nature bien qu’elles soient facturées par un tiers. A ce titre, elles doivent être exclues du calcul de la valeur ajoutée et comprises dans les charges de personnel au niveau du calcul de l’excédent brut d’exploitation (5).

Il s’agit ensuite de neutraliser l’impact du choix des modes de financement des matériels, outillages ou immeubles sur la valeur ajoutée. Les redevances de crédit-bail ou de location financière sont considérées comme des consommations en provenance de tiers, et par conséquent impactent la valeur ajoutée, alors que, pour les mêmes biens, une acquisition par l’entreprise financée avec un emprunt ne l’impacte pas. Or ces biens ont le même usage quel que soit le mode de financement choisi. Par conséquent, il convient de se fonder sur l’économie de l’opération, et de considérer que les redevances de crédit-bail ou de location financière sont constituées pour une partie de l’amortissement que l’entreprise aurait pratiqué si elle avait acquis ces biens, et pour le reste de l’intérêt de l’emprunt qu’elle aurait contracté pour en financer l’acquisition. Les charges de crédit-bail sont donc à affecter pour partie en dotations aux amortissements, au niveau du résultat d’exploitation (6) (qui s'en trouve impacté), et pour le reste en charges financières, au niveau du résultat courant avant impôt (7).

⑤ Excédent Brut d’Exploitation (EBE)

L’excédent brut d’exploitation mesure le profit brut provenant du cycle d’exploitation de l’entreprise, indépendamment de sa politique financière, de sa politique d’amortissement des actifs, et de l’impôt sur les bénéfices. Comme la valeur ajoutée, il s’agit d’un indicateur comparable entre entreprises d’un même secteur d’activité.

Par contre, il n’est possible de comparer que des sociétés entre elles ou que des entreprises individuelles entre elles, car dans les premières les rémunérations du dirigeant sont constatées en charges de personnel, alors que dans les secondes il est très rare qu’une rémunération de l’exploitant individuel soit comptabilisée.

En terme de retraitements de l’EBE, certains peuvent viser les subventions d’exploitation reçues par l’entreprise. Celles-ci sont parfois versées par un organisme (une collectivité locale par exemple) à une entreprise prestataire à laquelle il impose de pratiquer un prix défini (cette situation se retrouve dans des activités de transport de voyageurs, de restauration collective, d’accueil ou de soin des personnes…). Il s’agit dans ce cas d’un complément de prix qu’il est pertinent de retraiter et d’ajouter à la production de l’exercice (3) pour l’analyse des SIG.

⑥ Résultat d’exploitation

Le principal retraitement à opérer à ce niveau est la réaffectation des transferts de charges d’exploitation. En effet, en application du Plan Comptable Général, des produits tels que les indemnités d’assurances reçues en contrepartie de réparations, ou les aides accordées à l’entreprise dans le cadre de la politique de l’emploi, ne sont pas comptabilisés en moins des comptes de charges correspondantes, mais dans un compte de produits dénommé « Transferts de charges ».

L’analyse de la valeur ajoutée (dans le cas des indemnités d’assurance), et celle de l’excédent brut d’exploitation (dans le cas des aides à l’emploi), s’en trouvent faussées. C’est pourquoi une réaffectation est à opérer dans les soldes intermédiaires adéquats lorsque le montant des transferts de charges est significatif.

Un autre retraitement est à opérer dans le cas particulier des entreprises franchisées. Les règles de comptabilisation applicables aux montants des redevances périodiques versées aux franchiseurs conduisent à les faire figurer en « Autres charges » au niveau du calcul du résultat d’exploitation. Pour une meilleure analyse économique, il est préférable qu’elles viennent en déduction de la valeur ajoutée (4), et par conséquent de les retraiter pour les inclure dans les « Consommations en provenance de tiers ».

⑦ Résultat courant avant impôts

Il n'a pas de retraitement particulier pour le calcul de ce solde intermédiaire.

⑧ Résultat net de l’exercice

Bien sûr, pour une analyse comparative du résultat net d’une entreprise, celui-ci n’est comparable qu’avec le résultat net d’une entreprise ayant le même régime fiscal : entreprise individuelle ou société soumise à l’impôt sur les sociétés, ou société non soumise à l’impôt sur les sociétés.

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