Pénuries : vers davantage d'humain dans la relation entre acheteur public et fournisseur ?

19/07/2022

Gazette des communes

Pénuries : vers davantage d'humain dans la relation entre acheteur public et fournisseur ?

Prix en forte hausse, pénuries… les acheteurs publics se retrouvent face à une situation de crise inédite pour leurs fournisseurs. Comment dès lors entretenir, malgré tout, une relation sereine, alors que les titulaires des marchés ont bien du mal à respecter leurs obligations ? Réponse des acteurs publics à l'occasion d'une table ronde organisée par l'Apeca, une association dédiée à la performance des achats publics. D.R. 

« On a changé de monde »… Voilà comment Christian Rouvière, directeur des marchés publics chez Rexel, résume les bouleversements que vivent les entreprises, et les acheteurs publics, avec la crise actuelle. Confrontée à la hausse des prix du cuivre, de l'aluminium, de l'acier, cette entreprise qui distribue du matériel électrique a vu ses prix flamber, là où auparavant, c'est la stabilité qui prévalait « avec des indices entre 1,5% et 3% », précise ce cadre dirigeant, qui s'exprimait à l'occasion d'une journée consacrée à l'équilibre des relations entre fournisseurs et acheteurs publics organisée par l'Apeca, une association dédiée à la performance des achats publics. 

Le papier en hausse de 50% 

Même son de cloche pour Vincent Carlier, directeur chez Fiducial Office Solutions, qui fournit du papier aux collectivités avec plus de 20.000 références. « Le papier a augmenté de 50% en quatre mois, et nous sommes confrontés à des problèmes d'approvisionnement. La difficulté est de pouvoir répercuter rapidement ces hausses à répétition, et les délais sont mis à mal », explique-t-il. 

Dans ce contexte inédit, une circulaire du 30 mars est venue préciser les conditions d'exécution et de modification des contrats de la commande publique dans le contexte de hausse des prix de certaines matières premières. Mais cela ne suffit pas. « Il faut humaniser la relation », plaide Isabelle Clamens, de la direction des achats de la région Ile-de-France. « Nous sommes bien sûr encadrés par des codes et des règlements, mais il est nécessaire d'aller au-delà des méthodes classiques, il faut davantage travailler sur la confiance », poursuit-elle. 

Pour y parvenir, les acteurs plaident pour un renforcement du dialogue entre acheteurs et fournisseurs, et davantage de transparence. « Il y a un gros travail à faire sur les indices de révision », reprend Vincent Carlier. « Et il faut apporter le plus d'informations possible sur les indicateurs d'évolution », ajoute-t-il, tandis que Christian Rouvière défend « une formule de révision des prix équilibrée, acceptable et négociable, avec des preuves à l'appui. 

Décomposer le prix 

Sur ce point, Xavier Lallement, membre du conseil d'administration de l'Apeca, estime qu'il est essentiel de bien identifier ce qui fait le prix d'une offre. « Il faut que les entreprises donnent des éléments concrets sur la façon dont il se décompose pour que l'on puisse faire des comparaisons », précise-t-il, en incitant les partenaires « à se mettre autour de la table pour discuter ». 

Quant aux pénalités en cas de non respect du contrat, elles doivent s'appliquer, ajoute-t-il, car elles sont là pour rétablir l'égalité entre les fournisseurs. Mais là encore, il faut faire preuve de discernement. « On plafonné les pénalités et on a même des planchers d'exonération », relève Stéphane Beauvais, à l'UGAP. « On a aussi une clause qui prévoit un montant de pénalité réduit quand la performance habituelle est bonne. Si le problème est rare, il n'y a pas de raison de pénaliser », dit-il. 

Enfin, à plus long terme, et au delà des difficultés actuelles, cette relation de confiance est un gage d'avenir pour la collectivité, car elle encourage les entreprises à continuer à répondre aux marchés, complète Isabelle Clamens, qui y voit un moyen de lutter contre les marchés infructueux, « l'une des plaies de l'achat public ».