Officine : Comment s'installer en 2018

Officine : Comment s'installer en 2018

Philippe Becker et Christian Nouvel, du cabinet d'expertise comptable FIDUCIAL, analysent les conséquences de l'ordonnance « Réseau » sur l'installation des jeunes diplômés. L'ordonnance relative aux conditions de création, de transfert et de regroupement d'officines récemment publiée au « Journal Officiel » introduit de nouvelles données qu'il faudra prendre en compte avant d'envisager de s'installer. Même s'ils considèrent qu'un projet devra encore s'établir sur la base de chiffres précis, Philippe Becker et Christian Nouvel, de FIDUCIAL, affirment que l'acquisition d’une officine ne peut plus se faire sans une vision stratégique.

Le Quotidien du Pharmacien : La récente publication de l’ordonnance qui modifie sur certains aspects les règles de création, transfert et regroupement vous apparait-elle comme une opportunité pour les nouveaux entrants ?

Philippe Becker : La philosophie de cette ordonnance est de faire évoluer la Loi de répartition avec pragmatisme. La loi qui régit l’implantation des officines est par nature imparfaite car elle ne peut prendre en compte toute les situations locales. De plus, les premières modifications d’importance sont arrivées trop tard en 1999. Les modes de vie ont beaucoup évolué depuis 1945 et le texte doit et devra continuellement s’adapter dans le futur. Ce qui parait important de noter est que ce texte donne une indication claire sur la nécessité de restructurer le réseau pour mieux l’adapter aux contraintes économiques, démographiques et sociologiques. C’est dans ce contexte que les futurs installés doivent réfléchir sur leur projet.

En d’autres termes ?

Christian Nouvel : L’acquisition d’une officine ne peut plus se faire sans une vision stratégique. C’est probablement le plus gros changement depuis ces 20 dernières années. Il y a deux décennies la réussite était liée à l’obtention du diplôme et disons le franchement l’installation était facile et simple : on n’avait pas à se poser beaucoup de questions, la croissance de l’activité venait absoudre les erreurs d’appréciation. Depuis 10 ans, le modèle est cassé !

Ce qui ressort de nos analyses statistiques est l’importance de l’emplacement et le rayonnement commercial de l’officine. Les pharmaciens ont découvert qu’une pharmacie ne pouvait se maintenir que si son écosystème était robuste : prescripteurs en nombre, facilité d’accès et de stationnement, présence d’un lieu d’attractivité dans les environs. Lorsque l’un de ces facteurs disparaît tout se dégrade. C’est pourquoi le transfert et/ou le regroupement peut être le remède à indiquer.

C’est ce qui est désormais au cœur de la stratégie selon vous ?

Philippe Becker : En tant que professionnels du chiffre, nous ne pouvons plus conseiller aux jeunes diplômés d'acquérir des pharmacies qui sont des pièges à court et moyen terme, sauf à regarder par exemple, si deux petites officines peuvent être regroupées dans une même commune, voire une autre commune si le quorum le permet (c’est une des nouveautés du texte). L’ordonnance simplifie le transfert à l’intérieur d’une commune lorsque l’officine est seule. Voilà une occasion pour regarder si l’affaire que l’on envisage d’acquérir ne peut pas être déplacée pour être plus visible et plus facile d’accès.

Ce sont des projets qu’il faudra mener à plusieurs ?

Christian Nouvel : Pour un regroupement, c’est exact et cela peut être motivant pour deux jeunes diplômés de rechercher une zone en excédent de pharmacies où cela est possible. Deux avantages : les petites officines sont souvent d’un faible prix et,bien réalisée, l’opération crée une unité qui fait sens dans l’optique du développement des nouvelles missions. L’objectif, à minima, serait d’atteindre la taille standard, soit 1,5 million d’euros.

Cela étant dit, si on est seul, le rachat de clientèle avec rendu de licence est, nous le constatons très souvent, payant et là sans faire de transfert.

L’installation, ne repose donc plus sur un plan prévisionnel et un financement ?

Philippe Becker : Ne caricaturons pas à l’extrême, il faudra toujours travailler avec des chiffres précis. C’est une condition nécessaire mais ce n’est plus une condition suffisante dans la situation actuelle que connait le monde officinal. Les pouvoirs publics, relayés par le « haut parleur » de la Cour des Comptes, le disent de manière claire : il n’y aura pas de place pour tout le monde. L’ordonnance témoigne d’une certaine manière avec lucidité de l’existant et de ce qu’il faut faire : aller peut être dans des quartiers « fragiles », quitter une commune saturée pour une dépourvue. Au fond, cela reste bien la logique d’une loi démo-géographique qui est de servir au mieux les besoins de la population résidente. En conclusion, nous pensons que les futurs installés devront bien maitriser ces textes légaux et réglementaires pour ne pas se fourvoyer.

Quotidien du Pharmacien n° 3405 du 25 janvier 2018

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