Prêt garanti par l’État : convaincre son banquier

Prêt garanti par l’État : convaincre son banquier

Confrontés à des difficultés financières en cette période de crise sanitaire, certains titulaires peuvent être tentés par un prêt garanti par l’État. Néanmoins l’opération n’est pas aussi simple que le gouvernement a bien voulu le laisser entendre. Les banquiers se montrent en effet inflexibles sur certains ratios et critères financiers.

Le Quotidien du pharmacien.- La récente crise sanitaire qui a impliqué fortement le système bancaire, avec les prêts garantis par l’État (PGE), a montré, si besoin était, que pour être éligible à un financement, l’entreprise demandeuse devait répondre à plusieurs critères. Y a-t-il eu beaucoup de refus ?

Philippe Becker.- Vous avez raison de le souligner, un certain nombre de chefs d’entreprise, et parmi eux certains pharmaciens, ont essuyé des refus de leurs banques, alors que la communication gouvernementale laissait plus ou moins entendre que celles-ci seraient moins regardantes du fait de la garantie de l’État. En fait, les vieux réflexes ont repris le dessus ! Par conséquent, ceux qui n’avaient pas de bons ratios avant la crise n’ont pas obtenu ce qu’ils espéraient ! Nous n’avons pas à ce jour de données précises concernant le monde officinal libéral, mais il s’agit de situations marginales car la pharmacie reste globalement un bon risque…

Pourriez-vous rappeler les critères des banquiers et des prêteurs en général ?

Christian Nouvel.- Il faut déjà préciser que les premiers critères ne sont pas financiers ! Il s’agit de la personnalité du titulaire, de la qualité de son projet et de la gestion globale de son affaire. C’est une condition nécessaire pour créer la confiance, mais ce n’est pas suffisant, et là nous en venons aux critères qui sécurisent un banquier. Le premier ratio est l’autonomie financière, qui est le rapport entre les fonds propres (capital social, réserves, comptes courants d’associés bloqués) et le total du bilan. Dans l’idéal, ce ratio ne doit pas être inférieur à 25 %. En dessous, cela fait apparaître une trop grande dépendance du pharmacien à l’égard des financeurs extérieurs. Bien évidemment, plus le ratio est fort et tend vers 100 %, plus la solidité financière incitera un banquier à s’engager.

Y a-t-il moyen d’améliorer ce ratio ?

Philippe Becker.- Deux solutions : l’apport de capitaux personnels ou la mise en réserve d’une partie des bénéfices de la pharmacie. C’est une décision un peu stratégique qui n’est pas plaisante à prendre car, mécaniquement, pour ce faire, le ou les titulaires doivent réduire leur rémunération. Mais c’est salutaire dans les contextes difficiles comme nous en avons connus récemment. En augmentant les capitaux propres, on fait accroître le matelas de trésorerie disponible à vue. Financièrement, et psychologiquement, cela met le chef d’entreprise dans une position plus forte. Dans l’idéal, avoir entre un demi-mois et un mois de trésorerie d’avance est un objectif qu’il faut s’assigner. C’est aussi un deuxième critère suivi par le banquier et qui ne fait pas double emploi avec le précédent. En effet, une augmentation importante des capitaux propres pourrait trouver sa contrepartie dans le stock ou le tiers payant, ce qui n’est pas forcément le but recherché.

Et quel est le troisième critère ?

Christian Nouvel.- Ce troisième critère est plus familier pour les officinaux car il est assez facile à interpréter. Il s’agira pour la banque de vérifier que la capacité annuelle de remboursement de la pharmacie est en adéquation avec le montant annuel des échéances annuelles du nouvel emprunt sollicité, quelle que soit sa nature. Pour ce faire, on va vérifier une simple égalité : l’excédent brut d’exploitation normatif devra permettre de rémunérer le ou les titulaires, de payer les impôts sur les bénéfices, la variation positive du besoin en fonds de roulement d’exploitation (augmentation du stock par exemple) et le remboursement des anciens et nouveaux emprunts.

Cependant, un emprunt est en général sollicité pour des investissements qui vont créer de la valeur et une meilleure capacité bénéficiaire. N’y a-t-il pas de place pour une prévision plus optimiste ?

Philippe Becker.- Vous avez raison, et c’est bien pour cela que les entreprises qui réussissent ont comme dénominateur commun une volonté d’investir et d’innover. L’audace fait partie de l’ADN de celui qui veut développer ses affaires. Mais celui qui prête a souvent une vision « historique » et ne s’embarrasse pas d’appréciation sur un futur radieux. On ne peut pas leur jeter la pierre car les évolutions de chiffres d’affaires mirifiques avec des bénéfices qui explosent, les banquiers entendent cela tous les jours. Malheureusement les statistiques leur donnent souvent raison : seulement un créateur d’entreprise sur deux est encore en activité après 5 ans !

Christian Nouvel.- C’est pour cette raison qu’il est important d’être bien placé sur les trois critères pour emprunter, car un prêteur sera plus audacieux avec son client si les capitaux propres et la trésorerie sont suffisants. Cette situation révèle beaucoup sur le comportement du titulaire. Nous l’avons souligné maintes et maintes fois, les banquiers préféreront toujours les fourmis aux cigales !

Propos recueillis par Marie Bonte - Le Quotidien du Pharmacien

FIDUCIAL : l’accompagnement expert en comptabilité et gestion

En savoir plus