Arrêt maladie de l’infirmier(e) libéral(e) : droits, démarches et indemnisation

Fatigue accumulée, infection, accident ou simple coup d’arrêt : aucun(e) infirmier(e) libéral(e) n’est à l’abri d’une incapacité temporaire à exercer. Pourtant, quand votre activité s’interrompt, vos revenus aussi. Heureusement, depuis la réforme du régime des travailleurs indépendants, vous pouvez désormais compter sur des indemnités journalières versées par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). C'est un vrai filet de sécurité, sous conditions. Entre délai de carence, durée maximale, assurance prévoyance et démarches administratives, cet article fait le point pour vous aider à préserver votre santé et votre équilibre financier, sans jamais perdre de vue l’essentiel : vous permettre de reprendre votre activité d'IDEL sereinement.

Comprendre l’arrêt maladie de l'infirmier(e) libéral(e)

À la différence d’un(e) infirmier(e) salarié(e), votre statut d’infirmier(e) libéral(e) vous rattache au régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés (PAMC). C’est ce régime qui gère vos indemnités journalières en cas d’arrêt maladie.
 

Les 3 premiers mois d’arrêt maladie de l’IDEL

Depuis le 1er juillet 2021, les infirmier(e)s libéraux peuvent percevoir des indemnités journalières dès le quatrième jour d’arrêt de travail, après une carence de 3 jours. Cette avancée a permis d’offrir une protection sociale plus importante, tenant compte de la réalité du travail indépendant.

A noter : le délai de carence ne s’applique pas dans les cas suivants : 

  • Arrêt dû à une affection longue durée (ALD)
  • Prolongation d’un arrêt de travail
  • Arrêt de travail dû à une fausse couche ou grossesse pathologique


La CPAM verse ces indemnités pendant 90 jours maximum. Le montant est calculé sur la base du revenu professionnel moyen des trois dernières années, divisé par 730.
L’indemnité correspond à environ 50 % de ce revenu journalier, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS).

En 2025, le plafond des indemnités journalières est fixé à 193,56 € brut par jour. Ce montant peut être inférieur et dépend de vos revenus déclarés.
 

Et au-delà de 90 jours d'arrêt maladie ?

Pour les arrêts de travail supérieurs à 3 mois, c'est la prévoyance professionnelle de base, la CARPIMKO (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs-kinésithérapeutes, Orthophonistes et Orthoptistes) qui complète cette prise en charge. Il est toutefois important de noter que bien souvent, les indemnités versées par la CARPIMKO ne suffisent pas à couvrir la perte de vos revenus ainsi que de vos charges professionnelles fixes (par exemple le loyer d'un local). Il est donc souvent fortement recommandé de souscrire un contrat individuel de prévoyance.

Si vous êtes une infirmière libérale en congé maternité, les conditions sont spécifiques. La grossesse vous donne accès à certains droits (aides ou indemnités) afin de pouvoir mettre sur pause votre activité libérale et prendre soin de votre bébé. On retrouve :

  • la prise en charge intégrale des frais médicaux,
  • une indemnité journalière forfaitaire,
  • une prime de naissance (sous certaines conditions de ressources),
  • l’allocation forfaitaire de repos maternel.


L'anticipation de l'organisation de ce congé et une gestion administrative consciencieuse vous permettront de profiter pleinement de ce temps de repos pendant votre grossesse. En tant qu'infirmière libérale, vous savez à quel point ces semaines sont importantes.
 

Les conditions pour bénéficier des indemnités

Pour percevoir des indemnités journalières lors d’un arrêt maladie, vous devez remplir plusieurs conditions. Ces règles sont fixées par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et s’appliquent à tous les IDEL relevant du régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés (PAMC).

Les conditions pour obtenir des indemnités sont :

  • Être affilié(e) à la CPAM depuis au moins 12 mois consécutifs avant la date d’arrêt.
  • Être à jour de vos cotisations auprès de l’URSSAF.
  • Cesser totalement votre activité pendant la durée de l’arrêt de travail.
  • Envoyer les documents dans les temps.
  • La durée maximale d’indemnisation par la Caisse est fixée à 90 jours consécutifs.
     

Pendant cette période, les indemnités sont calculées selon vos revenus d’activité libérale déclarés et versées directement par la Caisse. 

Lorsque votre arrêt dépasse trois mois (90 jours), la prise en charge relève, comme nous l'avons vu précédemment, du régime de prévoyance (CARPIMKO) ou d’un contrat complémentaire spécifique que vous auriez souscrit.

Si, après 1 095 jours d’arrêt, vous ne pouvez toujours pas reprendre votre travail, vous pouvez continuer à percevoir une indemnité journalière à taux réduit jusqu’à la fin de la troisième année d’arrêt, au maximum.
 

Les démarches à suivre pour un arrêt maladie d'IDEL

Les infirmier(e)s libéraux doivent effectuer certaines démarches précises pour bénéficier de leurs indemnités journalières. Ces formalités garantissent le bon traitement de votre dossier et évitent tout retard de versement.

Voici les démarches à effectuer :

  1. Consultez votre médecin traitant, qui établira l’arrêt de travail mentionnant la durée prévue d’interruption d’activité.
  2. Transmettez-le à votre CPAM dans un délai de 48 heures. Pour déclarer cet arrêt, vous pouvez utiliser votre espace Ameli Pro ou le faire par courrier postal.
  3. Prévenez vos collègues ou votre remplaçant(e) afin d’assurer la continuité des soins à domicile pour vos patients. Si vous exercez seul(e), pensez à activer un remplaçant inscrit à l’Ordre.
  4. Conservez soigneusement vos justificatifs : certificat médical, preuve d’envoi à la CPAM, éventuelles déclarations auprès de l’URSSAF ou de votre assurance prévoyance.

Vous pouvez suivre l’état de votre demande directement depuis Ameli Pro. Les dates de réception, le montant de vos indemnités et la durée de versement y sont consultables en temps réel, ce qui facilite la gestion de votre arrêt.
 

Arrêt maladie de l'infirmier(e) libéral(e) : montant et calcul de l’indemnisation

Le montant des indemnités journalières pour un(e) infirmier(e) libéral(e) en arrêt maladie est calculé sur la base de vos revenus moyens des trois dernières années. Ce calcul permet à la CPAM d’évaluer une moyenne représentative de votre activité libérale.

L’indemnité journalière correspond à 50 % de votre revenu moyen journalier, dans la limite d’un plafond fixé chaque année par la Sécurité sociale : 193,56 € brut par jour au 1er janvier 2025. Ce montant évolue chaque année selon le PASS, il est donc recommandé de vérifier la valeur en vigueur sur les sites officiels

Les versements sont effectués par la CPAM tous les 14 jours, directement sur votre compte bancaire. Le suivi des paiements peut être consulté sur votre espace Ameli Pro.

Exemple : Si vos revenus annuels moyens s’élèvent à 45 000 euros, le calcul est le suivant : 45 000 € ÷ 730 = 61,64 € brut par jour.

Vous percevrez donc une indemnité journalière d’environ 61 €, versée par la CPAM à partir du quatrième jour d’arrêt, et ce pendant une durée maximale de 90 jours.
 

Bien gérer son arrêt et sa reprise

Un arrêt de travail peut être une situation difficile pour un(e) IDEL, habitué(e) à un rythme soutenu et à une grande disponibilité auprès des patients. Pourtant, cette période doit avant tout être consacrée à la récupération. Bien géré, cet arrêt permet de préserver votre santé et de préparer une reprise durable et sereine. C'est un droit que vous avez acquis tout au long de votre carrière professionnelle. Vous avez cotisé pour bénéficier de cette prestation. Il est normal que vous puissiez en profiter lorsque votre état physique ou psychique le nécessite.
 

Durant votre arrêt 

  • Accordez-vous un véritable temps de repos.
  • Évitez toute activité professionnelle : continuer à exercer, même partiellement, pourrait suspendre vos indemnités journalières.
  • Assurez la continuité des soins en déléguant vos tournées à un(e) remplaçant(e) inscrit(e) à l’Ordre National des Infirmiers pour garantir la prise en charge de vos patients et respecter la réglementation en vigueur. 

La mise en place d'un relais professionnel vous permettra de déconnecter sans culpabilité, en toute conformité. Vous avez besoin de ce répit.
 

Avant la reprise

Avant de reprendre votre activité, faites le point avec votre médecin traitant pour vérifier que votre état de santé vous permet de recommencer votre travail dans de bonnes conditions.

Informez également votre CPAM de votre date de reprise et, si vous disposez d’un contrat de prévoyance, prévenez votre assureur. Ces démarches garantissent la régularité de votre dossier et évitent toute interruption d’indemnisation.

Quand on est IDEL, une reprise progressive est souvent recommandée après un arrêt prolongé.
Réduire temporairement votre charge de travail (nombre de patients, amplitude horaire ou kilomètres parcourus) peut vous aider à retrouver un bon équilibre, à éviter un burn-out ou une rechute

 

Un arrêt maladie n’est jamais anodin dans la vie d’un(e) infirmier(e) libéral(e). Au-delà de la perte de rythme ou des contraintes administratives, c’est surtout un moment où votre santé doit redevenir votre priorité. En connaissant vos droits à indemnisation et en anticipant les démarches auprès de la CPAM, vous évitez les retards de paiement et les difficultés financières.

Pensez à souscrire une assurance prévoyance complémentaire pour renforcer votre protection et couvrir autant que possible vos frais fixes. 

Enfin, préparez votre reprise en douceur : reprenez progressivement vos tournées, ajustez votre planning et écoutez les signaux de votre corps. Vous êtes en première ligne lors des soins. Préserver votre santé, c’est préserver votre capacité à soigner.