La circulaire CIR-9/2025 a justement apporté des précisions importantes sur plusieurs actes de perfusion, notamment les AMI 4, AMI 4,1, AMI 5, AMI 14 et AMI 15. Elle change la manière de lire certaines prescriptions et de facturer une séance de perfusion au domicile du patient, selon la durée, le type de surveillance et le contexte clinique. Dans ce guide, vous allez retrouver les règles essentielles pour comprendre la cotation des perfusions IDEL, éviter les erreurs les plus fréquentes et appliquer plus simplement les bonnes cotations dans votre pratique libérale.
Tableau récapitulatif des principales cotations de perfusion IDEL
Voici un tableau récapitulatif pour vous aider à repérer rapidement la bonne cotation de perfusion à domicile.
Cotation | Situation | À retenir | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| AMI 9 | Perfusion sous surveillance continue | Utilisée quand l’IDE reste auprès du patient pendant la perfusion | À ne pas confondre avec une perfusion longue avec surveillance organisée |
| AMI 10 | Perfusion sous surveillance continue chez patient cancéreux ou immunodéprimé | Même logique que l’AMI 9, avec cotation spécifique au contexte clinique | La nature du patient compte ici plus que celle du produit perfusé |
| AMI 14 | Perfusion de plus d’une heure avec organisation d’une surveillance | Forfait de séance longue pour patient non cancéreux et non immunodéprimé | Ne se cote qu’une seule fois par jour |
| AMI 15 | Perfusion de plus d’une heure avec organisation d’une surveillance chez patient cancéreux ou immunodéprimé | Forfait de séance longue adapté au contexte clinique | Ne se cote qu’une seule fois par jour |
| AMI 4 | Organisation de la surveillance d’une perfusion longue | Forfait journalier hors jour de pose et hors jour de retrait | Pas de frais de déplacement ni de majoration de nuit ou de dimanche à l’occasion de cet acte |
| AMI 4,1 | Contrôle, acte programmé ou complication sur perfusion longue | Concerne par exemple le changement de flacon, le branchement en Y, le contrôle, le débranchement temporaire ou le déplacement de perfusion | Ne s’applique qu’aux perfusions de plus d’une heure avec organisation d’une surveillance |
| AMI 5 | Arrêt et retrait du dispositif de perfusion | À utiliser en cas de retrait définitif du dispositif | Un arrêt de moins de 24 heures correspond à un débranchement temporaire et relève de l’AMI 4,1 |
Comprendre la logique des cotations de perfusion
La cotation d’une perfusion ne dépend pas seulement du produit administré, mais surtout de la manière dont le soin s’organise, de sa durée et du niveau de surveillance nécessaire.
Pourquoi les perfusions sont un point sensible en NGAP ?
Les perfusions cumulent plusieurs difficultés : mise en place, durée variable, état clinique du patient, présence continue ou non de l’infirmier(e), changement de flacon, complication, retrait du dispositif, déplacement de la perfusion, actes associés.
En pratique, ce ne sont pas seulement les produits injectés qui comptent, mais surtout la manière dont la séance s’organise : surveillance continue, surveillance à distance, branchement sur dispositif déjà en place, ou fin de perfusion.
La première clé, c’est donc de ne pas raisonner uniquement en produits perfusés, mais en type d’intervention par l'infirmier(ère). C’est ce qui vous permet de choisir la bonne cotation au bon moment.
Ce que change la nouvelle circulaire CIR-9/2025
La circulaire CIR-9/2025 [1], publiée par l’Assurance Maladie, clarifie les règles de facturation des perfusions longues. Elle précise notamment que le forfait pour une séance de perfusion d’une durée supérieure à une heure avec une surveillance n’est facturé qu’une fois par jour. La cotation varie selon les types de perfusions et ce qu'elles impliquent :
- surveillance continue ou non,
- durée supérieure à une heure ou non,
- pathologie du patient,
- nature exacte de l’intervention sur la ligne de perfusion.
Elle rappelle aussi que, lors du passage où vous cotez un AMI 14 ou un AMI 15, vous ne pouvez pas facturer un AMI 4,1 dans le même passage.
Enfin, la présence d’une double voie d’abord ne permet pas de facturer un deuxième forfait de séance longue dans la journée.
Cette circulaire modifie concrètement la manière de facturer certaines perfusions.
Perfusion sous surveillance continue : AMI 9, AMI 10 et cas particuliers
La première distinction à faire concerne la présence infirmière auprès du patient : selon que vous restez sur place pendant toute la perfusion ou que vous organisez une surveillance dans la durée, la cotation ne sera pas la même.
Quand parler de surveillance continue
La surveillance continue concerne les situations où vous restez auprès du patient pendant la perfusion.
Dans ce cadre, la circulaire rappelle trois possibilités :
- AMI 9 pour tous les patients, sauf situations spécifiques,
- AMI 10 pour les patients cancéreux ou immunodéprimés,
- AMI 15 pour la perfusion d’antibiotiques chez un patient atteint de mucoviscidose.
Au-delà de la première heure, un AMI 6 peut s’ajouter par heure supplémentaire, sur prescription, dans la limite prévue par la nomenclature.
À noter : le supplément AMI 6 concerne les perfusions sous surveillance continue cotées en AMI 9 ou AMI 10. La cotation AMI 15, utilisée pour la perfusion d’antibiotiques chez un patient atteint de mucoviscidose, répond à une logique spécifique.
Ce qu’il faut retenir en pratique
La surveillance continue suppose votre présence réelle auprès du patient. Elle ne doit donc pas être confondue avec une perfusion laissée en place puis une surveillance à distance.
Cette distinction est centrale, car elle change complètement la cotation. Quand vous restez sur place, vous êtes dans la logique de l’acte sous surveillance continue. Quand vous posez une perfusion longue et organisez la surveillance ensuite, vous entrez dans la logique du forfait de séance longue.
Perfusion de plus d’une heure : AMI 14 et AMI 15
Lorsque la perfusion dépasse une heure sans relever d’une surveillance continue au lit du patient, la NGAP prévoit une logique de forfait spécifique, fondée sur la gestion de la surveillance dans le temps.
Le forfait de séance longue
Pour une perfusion de plus d’une heure avec organisation d’une surveillance, la circulaire prévoit deux cotations principales :
- AMI 14 pour les patients non cancéreux et non immunodéprimés,
- AMI 15 pour les patients cancéreux ou immunodéprimés.
Ce forfait correspond à la séance de pose de la perfusion avec organisation de la surveillance. Il n’est facturé qu’une fois par jour et par patient.
Ce que cela change dans votre lecture du soin
Avant cette clarification, certaines situations donnaient lieu à plusieurs cotations de perfusion longue dans une même journée. Désormais, si une perfusion longue a déjà été cotée dans la journée, vous ne refacturez pas un deuxième AMI 14 ou AMI 15.
Il faut alors raisonner avec les cotations complémentaires prévues par la nomenclature, notamment l’AMI 4,1 dans certaines situations. Cette évolution oblige à tracer précisément vos passages : pose de voie veineuse, surveillance, changement de flacon, débranchement, complication, retrait.
AMI 4, AMI 4,1 et AMI 5 : les cotations complémentaires à maîtriser
Une fois la séance de perfusion cotée, d’autres actes peuvent venir compléter la prise en charge au cours de la journée : contrôle, débranchement, déplacement de la perfusion ou retrait du dispositif en place.
L’AMI 4 et l’AMI 4,1
La circulaire rappelle que :
- AMI 4 correspond à l’organisation de la surveillance des perfusions longues, hors jour de pose et hors jour de retrait,
- AMI 4,1 s’utilise pour le contrôle du débit, le déplacement de la perfusion, le débranchement, un acte technique programmé sur la ligne de perfusion ou la gestion d’une complication.
L’AMI 4,1 n’est applicable que dans le cadre des perfusions longues nécessitant une surveillance organisée. Il peut, selon les cas, ouvrir droit aux indemnités de déplacement et aux majorations.
L’AMI 5 : arrêt et retrait du dispositif
La cotation AMI 5 concerne l’arrêt et le retrait du dispositif de perfusion pour plus de 24 heures. Il ne faut pas le confondre avec un débranchement simple ou un changement de flacon.
Là encore, la traçabilité est essentielle : ce n’est pas le même acte, donc pas la même cotation. La circulaire donne plusieurs exemples très utiles pour distinguer un retrait définitif d’une intervention de suivi sur une perfusion encore en cours.
Les situations qui font le plus souvent hésiter
C’est souvent dans les situations du quotidien, avec plusieurs interventions sur une même perfusion, que les hésitations apparaissent au moment de choisir la bonne cotation.
Plusieurs flacons, plusieurs passages, un seul patient
Si, lors d’un passage, plusieurs flacons doivent être connectés ou si plusieurs branchements en Y sont réalisés sur un dispositif déjà en place, l’AMI 4,1 est facturable pour chacun d’eux, dans les limites de l’article 11B.
En revanche, cela ne transforme pas la situation en plusieurs séances longues distinctes. Autrement dit, plusieurs gestes techniques dans la journée ne signifient pas automatiquement plusieurs forfaits de perfusion longue.
Perfusion courte et perfusion longue le même jour
La circulaire prévoit aussi des cas où une perfusion courte sous surveillance continue peut se cumuler avec une perfusion longue.
Par exemple, un passage avec surveillance continue peut être coté en AMI 9 ou AMI 10, tandis que la perfusion longue du même jour reste cotée avec le forfait adapté.
Dans certaines configurations, le changement de flacon de la perfusion longue se retrouve à demi-tarif selon les règles de cumul.
Chez des patients dépendants, la perfusion ne peut pas être pensée isolément : elle s’intègre dans une prise en charge plus globale, dont le BSI aide à structurer l’évaluation et le suivi.
Majoration, MAU, MCI, MIE : ne pas tout mélanger
Autour d’une perfusion, plusieurs majorations ou cotations complémentaires peuvent sembler possibles, mais elles ne répondent pas toutes à la même logique ni aux mêmes conditions de facturation.
Des logiques différentes
La MAU, la MCI et la MIE répondent à leurs propres conditions de facturation. Elles ne remplacent jamais les cotations de perfusion et ne doivent pas être utilisées pour contourner les règles prévues pour les AMI de perfusion. Votre raisonnement doit donc se faire en deux temps :
- d’abord, identifier la bonne cotation de perfusion,
- ensuite, vérifier si une majoration ou une cotation complémentaire est réellement applicable.
La base de ce raisonnement reste toujours la NGAP.
Les majorations nuit, dimanche et jours fériés
Certaines interventions autour d’une perfusion peuvent donner lieu à majoration si les conditions générales sont remplies. C’est notamment le cas d’un passage coté AMI 4,1. En effet, la circulaire rappelle que cet acte peut donner lieu, le cas échéant, à une indemnité de déplacement et des majorations.
Il ne faut pas supposer que chaque forfait de perfusion ouvre automatiquement ces droits. Pour ce point, il est utile de croiser votre raisonnement avec les règles de majoration des IDEL.
Comment éviter les erreurs de cotation au quotidien
Les erreurs impactent la facturation IDEL et peuvent être complexes à corriger. Mieux vaut les éviter.
Les erreurs les plus fréquentes
Voici les erreurs que les IDEL rencontrent le plus souvent :
- facturer deux AMI 14 ou AMI 15 dans la même journée,
- confondre AMI 4 et AMI 4,1,
- coter un AMI 4,1 au même passage qu’un AMI 14 ou AMI 15,
- utiliser un AMI 5 alors qu’il ne s’agit pas d’un retrait définitif,
- oublier de distinguer surveillance continue et surveillance organisée.
Une lecture précise de la NGAP reste indispensable dans ce type de situation. À l’image des cotations BSA, BSB et BSC, la cotation des perfusions demande de partir de la situation clinique réelle du patient avant de choisir le bon forfait ou le bon acte.
Comment simplifier vos cotations avec Equinox
Pour sécuriser la facturation, il est utile de vous appuyer sur un logiciel qui centralise les soins réalisés, les prescriptions, les passages et l’historique du dossier. Un outil professionnel comme Equinox peut vous aider à retrouver la bonne logique de cotation, à suivre les actes déjà facturés dans la journée et à limiter les oublis de télétransmission. Le logiciel ne remplace pas votre raisonnement infirmier, mais il peut clairement vous aider à éviter les erreurs répétitives.
La cotation des perfusions par un(e) IDEL demande une vraie méthode. La circulaire CIR-9/2025 a clarifié des points essentiels.
Si vous retenez une idée, c’est celle-ci : pour bien coter une perfusion, il faut d’abord identifier la nature exacte de votre intervention, puis vérifier le bon forfait ou le bon acte complémentaire. C’est cette logique qui vous permet de facturer juste, de sécuriser vos soins et de gagner en sérénité.
[1] https://circulaires.ameli.fr/sites/default/files/directives/cir/2025/CIR-9-2025.pdfTableau récapitulatif des principales cotations de perfusion IDEL