Le compte de résultat d'une officine à la loupe

Gestion comptable : le compte de résultat à la loupe

Philippe Becker et Christian Nouvel, du cabinet d'expertise comptable FIDUCIAL, décortiquent le compte de résultat d'une officine.
 

Loyers, primes d'assurance, frais postaux et télécommunication, services bancaires, cotisation économique territoriale, cotisations « loi Madelin » : Philippe Becker et Christian Nouvel, de FIDUCIAL listent six postes de charges fixes sur lesquels il est possible de dégager des économies afin notamment d'accroître la rentabilité de son officine.

Le Quotidien du pharmacien.- Beaucoup d’analyses évoquent l’évolution de l’activité et de la marge du pharmacien, mais on oublie souvent les autres composantes du compte de résultat des pharmacies. Vous avez choisi six postes de charges fixes que vous suivez depuis plusieurs années. Pourquoi ces six postes ?

Philippe Becker.- Parce que ces postes représentent en moyenne environ 2,4 % du chiffre d’affaires d’une officine. C’est un poids qui est suffisamment important pour que l’on s’y intéresse, non pas pour faire de la statistique mais pour permettre aux officinaux de vérifier s’il n’y a pas d’écart avec ceux qui ressortent dans leur propre officine. Un écart n’est pas forcément anormal mais il faut pouvoir se l’expliquer.

Pensez-vous qu’il y ait matière à faire des économies en ce domaine ?

Christian Nouvel.- Disons que dans une période où les activités sont atones, il faut parfois chercher les centimes. Nous n’aurions pas forcément dit cela il y a quinze ans car à cette époque la gestion des frais fixes était dictée par des considérations plutôt fiscales… On nous demandait de trouver des frais pour limiter le poids de l’impôt ! Tout a changé car l’impôt sur le revenu a été remplacé, dans une majorité d’officines, par l’impôt sur les sociétés qui est moins lourd. Et puis, surtout, les pharmaciens veulent que les frais fixes soient bien maîtrisés pour accroître la rentabilité et ainsi améliorer leur rémunération et pouvoir investir.

Le loyer reste le poste le plus coûteux. Ces dernières années vous sembliez dire qu’il évoluait fortement. Est-ce toujours le cas en 2018 ?

Philippe Becker.- Le loyer est une charge qui dépend très étroitement de la localisation de l’officine. Disons que dans les grandes villes, les emplacements recherchés poussent les propriétaires à tenter le déplafonnement lorsqu’ils en ont l’opportunité. Ailleurs, c’est la sagesse qui prévaut car, pour un propriétaire, avoir comme locataire un pharmacien, c'est l'assurance d’être payé à échéance.

Vous indiquez dans vos études que les pharmacies situées dans les centres commerciaux sont les plus dynamiques en matière d’évolution de leur chiffre d’affaires. Ne sont-elles pas les plus pénalisées dans leur rentabilité par les loyers ? En d’autres termes le jeu en vaut-il la chandelle ?

Christian Nouvel.- C’est exact de dire que les officines situées dans les grandes galeries commerciales souffrent de frais fixes importants, et pas seulement liés aux loyers. Il faut avoir à l’idée que les loyers et les charges locatives peuvent atteindre jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires hors taxes du fait de mécanismes de révision indexés sur l’activité de la galerie. C’est énorme ! Cela étant, cette typologie d’officine vend des produits à marge libre qui compensent peu ou prou cette charge. C’est un pari qui est parfois risqué !

Lorsque vous commentez les bilans, vous donnez un satisfecit lorsque les pharmaciens sont en dessous de vos normes ?

Philippe Becker.- Pas forcément, car être en dessous de la norme, c’est parfois être mal couvert en matière d’assurance ou ne pas se soucier de sa retraite ni de sa couverture prévoyance. Il faut toujours regarder ce qui se cache derrière un chiffre !

Vous ne faites pas figurer les honoraires comptables, juridiques et autres dans vos études. Est-ce par pudeur ?

Christian Nouvel.- On nous en fait parfois le reproche mais vos lecteurs comprendront que cela ne serait possible qu’à la condition que tous les cabinets comptables, avocats et notaires en fassent autant. Les pharmaciens ne communiquent pas non plus sur les coefficients multiplicateurs qu’ils appliquent sur les produits à marge libre ni sur les conditions commerciales qu’ils obtiennent de leurs fournisseurs. C’est ce que l’on appelle communément le secret des affaires.

 

Quotidien du Pharmacien n° 3466

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