Comment bien gérer votre trésorerie ?

Selon la Banque de France, une faillite sur quatre est directement causée par une trésorerie mal maîtrisée.

Les PME et ETI sont particulièrement exposées, car plus souvent confrontées à des retards de paiement et des variations brutales d’activité. 
Voici nos conseils pour maîtriser votre trésorerie au mieux et protéger votre activité.

Pourquoi améliorer son suivi de trésorerie ?

Beaucoup d’entrepreneurs négligent le suivi de trésorerie, estimant que tous les aspects financiers de l’entreprise sont confiés au comptable ou à la banque.

C’est une erreur car la gestion de trésorerie est une des responsabilités du chef d’entreprise.

Elle est indispensable pour :

  • Prévenir les tensions : détecter à l’avance un besoin de financement, qu’il soit ponctuel (quelques jours) ou structurel (nécessitant un crédit ou une solution plus durable).
  • Saisir les opportunités : identifier les moments où un excédent peut être placé utilement plutôt que de dormir sur le compte courant.
  • Dialoguer en force avec les partenaires : une prévision claire nourrit vos échanges avec votre banque et crédibilise vos demandes de financement ou vos projets de développement.

Maîtrisez le vocabulaire du “cash management”

La première étape, c’est de penser “cash”. La trésorerie n’est ni le chiffre d’affaires (une notion de compte de résultat), ni le bénéfice (une notion comptable, de bilan). Ces trois éléments peuvent évoluer de façon disparate.

Les deux principaux états d’esprit à avoir : 

Anticipez

Votre compte affiche +20 000 € ? En réalité, 18 000 € seront prélevés pour la TVA et l’URSSAF dans les jours qui viennent. Résultat : vous n’avez que 2 000 € réellement disponibles. 

Ne vous fiez jamais au solde affiché sur le compte bancaire, il ne reflète que le présent. Vous devez avoir une vision sur le futur : être capable de savoir comment se comportera votre solde bancaire dans les jours, semaines, et mois à venir, en fonction de vos engagements déjà prévus (factures émises en attente d’encaissement, prélèvements fournisseurs, charges sociales et fiscales…)

Tenez compte des aléas

Distinguez chiffre d’affaires et cash disponible : une facture émise n’est pas un encaissement. Tant que le règlement n’est pas arrivé, il s’agit d’une promesse, pas de trésorerie. Un client qui paie à 60 jours peut vous mettre en tension malgré une marge confortable sur la prestation.

Comment suivre la trésorerie au quotidien ?

Commencez par un rapprochement bancaire régulier : chaque mouvement doit être rattaché à une facture ou à un justificatif. Cela vous permet de distinguer ce qui est réellement disponible de ce qui est déjà engagé.

Mettez ensuite en place un tableau de trésorerie simple, sur un tableur (Excel, LibreOffice, Google Sheets) ou un logiciel dédié. 

Quatre colonnes suffisent :

  • date
  • solde du jour
  • encaissements attendus
  • décaissements prévus

Chaque jour, le solde prévisionnel s’ajuste automatiquement : c’est le solde de la veille, corrigé des flux prévus. Vous obtenez ainsi une vision claire de votre “ligne de vie” financière.

À quelle fréquence faire cet exercice ? Les grandes entreprises suivent leur trésorerie quotidiennement, avec une consolidation mensuelle. Pour un indépendant ou une TPE, une mise à jour hebdomadaire est souvent suffisante, mais en période tendue (gros investissement, creux d’activité), un suivi jour par jour s’impose.

Un peu comme lorsque vous conduisez un véhicule : vous contrôlez les rétroviseurs régulièrement lorsque vous êtes sur la route, et très attentivement pour une manœuvre précise.

Le BFR : une notion clé 

Une fois votre trajectoire de trésorerie clarifiée, vient le premier grand levier : le besoin en fonds de roulement (BFR).

Le BFR désigne la trésorerie que vous devez immobiliser pour couvrir l’écart entre vos encaissements clients (souvent différés) et vos paiements fournisseurs (souvent immédiats). Plus vos clients vous paient tard et vos fournisseurs exigent un règlement rapide, plus votre trésorerie est sous tension.

Idéalement, vous devez réduire les délais d’encaissement et allonger autant que possible les délais de paiement.

Côté client : accélérez les encaissements

C’est le premier réflexe pour soulager votre BFR. Trois leviers :

  • Réglementaire : en B2B, la loi fixe les délais à 30 jours après facture (sauf exceptions). Respectez-les… et faites-les respecter !
  • Opérationnel : facturez immédiatement après la prestation, ajoutez vos coordonnées bancaires en évidence, et encaissez les chèques sans attendre. Avec les particuliers, privilégiez le paiement immédiat (espèces, virement, terminal mobile).
  • Commercial : proposez un acompte à la commande, ou même un escompte (petite remise) à vos clients réguliers en échange d’un paiement comptant.

Et si un client dépasse l’échéance ? Relancez sans délai. Les logiciels de facturation permettent de programmer des alertes et des relances automatiques : utilisez-les !

Côté fournisseurs : retardez vos paiements tout en préservant la relation

À l’inverse, côté fournisseurs, jouer sur les délais est à manier avec doigté.

Pour optimiser votre trésorerie, vous devez :

  • Payez à l’échéance, jamais en avance,
  • Négociez un allongement si vous êtes un client régulier et fiable,
  • Valorisez la relation : vous pouvez aussi proposer un paiement anticipé contre remise (escompte), ce qui améliore votre marge si vos prévisions de trésorerie le permettent.

Faire la jonction entre patrimoine pro et perso

Pour un dirigeant de TPE ou un indépendant, la frontière entre les finances professionnelles et personnelles est souvent poreuse. 

Disposer de prévisions de trésorerie fiables permet de savoir à quel moment il faudra apporter des liquidités sur le compte courant… ou au contraire, quand il sera possible d’en retirer sans mettre en péril l’activité.

Les services bancaires à connaître

  • La ligne de découvert autorisé : à utiliser comme un amortisseur temporaire, jamais comme une béquille permanente.
  • Les placements court terme : livrets bancaires, comptes à terme, OPCVM monétaires ou contrats de capitalisation permettent de rémunérer vos excédents tout en gardant une disponibilité rapide.
  • Les financements adaptés : prêt classique, crédit-bail ou location longue durée n’ont pas le même impact sur vos charges, vos amortissements et votre trésorerie. Bien choisis, ils évitent d’immobiliser inutilement vos fonds propres.

Commencez dès maintenant !

Un plan de trésorerie bien construit, c’est :

  • moins de risques de rupture de cash et donc de découvert subi,
  • des opportunités de placement saisies au bon moment,
  • une articulation fluide entre patrimoine pro et privé, avec une rémunération personnelle stabilisée,
  • une relation renforcée avec la banque : un dirigeant qui anticipe inspire confiance et obtient plus facilement un financement.