La bonne réponse n’est jamais unique : elle dépend de votre situation fiscale, de vos projets d’investissement et de votre horizon patrimonial. C’est un arbitrage patrimonial et bancaire qui engage votre protection sociale, votre fiscalité et la crédibilité de votre entreprise.
Le cadre spécifique de la SASU
La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) se distingue par la liberté qu’elle offre à l’actionnaire unique, qui est aussi le président. Sur le plan fiscal, il existe deux options :
- En SASU soumise à l’IS, le président a réellement le choix entre une rémunération salariale (assimilé-salarié) et une distribution de dividendes.
- En SASU soumise à l’IR, la question ne se pose pas : l’intégralité du résultat est directement intégrée dans la déclaration personnelle de l’associé.
Dans la majorité des cas, le régime choisi est celui de l’IS : c’est le seul qui permet d’organiser une politique de rémunération et de distribution, et c’est celui que nous traiterons dans cet article.
Le salaire : un coût élevé mais protecteur
Un président de SASU est assimilé salarié, mais sans assurance chômage. Sa rémunération est libre, fixée par décision d’associé. Elle peut même être nulle.
Les avantages de se verser un salaire
Le salaire est une charge déductible du résultat : il réduit donc l’assiette imposable à l’IS.
Il ouvre surtout l’intégralité des droits sociaux : sécurité sociale, retraite de base et complémentaire, protection contre les accidents du travail, mutuelle d’entreprise avec cotisations déductibles.
Pour mémoire, même un salaire modeste suffit à valider des trimestres de retraite : une rémunération annuelle de 600 heures de SMIC (7128 € en 2025, soit environ 600 € par mois) valide les quatres trimestres d’une année civile.
Les inconvénients du salaire
Le premier inconvénient est évidemment son coût total : pour 100 € nets perçus, l’entreprise supporte souvent 180 € à 190 €. Ce coût pèse fortement sur la trésorerie et peut donner l’impression au dirigeant qu’il fait le mauvais choix de rémunération.
Un salaire demande également un formalisme (établissement des fiches de paie, transmission via la DSN…) qui peut être perçu comme un frein, bien qu’il se délègue très facilement.
Les dividendes : la rémunération du capital
À la clôture des comptes, si un bénéfice distribuable existe et que les conditions légales sont respectées (capital libéré, réserve légale constituée, pertes comblées), l’associé unique peut voter un dividende.
Le versement doit être déclaré via le formulaire 2777-SD et donne lieu à un prélèvement forfaitaire.
La fiscalité des dividendes
Par défaut, le prélèvement forfaitaire unique (“Flat Tax”) s’applique : 30 % au total (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux).
Il est également possible d’intégrer les dividendes au barème de l’IR (case 2OP de la déclaration 2042). Toutefois, cette option ne concerne que la part d’impôt (12,8%), les prélèvements sociaux (17,2%) restent dûs à taux plein. L’option n’est donc intéressante que dans les toutes premières tranches marginales (0 et 11%).
Les avantages des dividendes
Ils ne supportent pas de cotisations sociales et permettent de “remonter” du cash sans le formalisme de la paie.
Les limites des dividendes
Ils ne sont pas déductibles du résultat : ils interviennent après l’IS, ce qui crée une double imposition (IS + PFU).
Par exemple, une société imposée à 15% à l’IS décide d’allouer 100 € de son résultat avant impôt au dividende. Après impôt, elle distribue 85 €. Son actionnaire touchera 70% de 85 € soit 59,50€. Autrement dit, il lui faut générer 168 € de résultat avant impôt pour verser 100 € de dividendes nets à l’actionnaire… et ce montant serait supérieur si la société était imposée au taux normal de 25% !
Enfin, les dividendes n’ouvrent aucun droit social (les prélèvements sociaux de 17,2% ne sont pas des cotisations). Ils sont aussi moins prévisibles que le salaire puisque ne peuvent pas être distribués en cas de pertes non comblées ou d’exercice déficitaire sans réserves.
👉 Le conseil FIDUCIAL : Attention à l’illusion du “30 % tout compris” : ce taux s’applique sur un bénéfice déjà imposé à l’IS. L’efficacité nette est donc souvent inférieure à ce que l’on imagine.
Salaire ou dividende : comparaison
Critère | Salaire (assimilé salarié) | Dividende (rémunération du capital) |
| Déductibilité à l’IS | Oui | Non |
| Cotisations sociales | Élevées, mais créatrices de droits | Aucune, mais aucun droit |
| Protection sociale | Santé, retraite, prévoyance | Nulle |
| Trésorerie | Charge mensuelle prévisible | Prélèvement ponctuel, dépend notamment du résultat |
| Fiscalité personnelle | IR après abattement de 10 % | PFU 30 % ou (barème + PS 17,2 %) |
| Lecture bancaire | Revenu stable, pris en compte | Revenu variable, peu valorisé |
La lecture bancaire : un paramètre souvent oublié
Un dirigeant ne doit pas raisonner uniquement en optimisation fiscale. Sa rémunération est aussi le socle de son profil bancaire.
- Un salaire régulier construit un historique crédible pour un emprunt immobilier ou professionnel.
- Des dividendes ponctuels apparaissent comme un revenu exceptionnel, moins prévisible, et rarement pris en compte en totalité dans un calcul de taux d’endettement.
- Une politique mixte permet d’allier la sécurité perçue par le banquier et l’efficacité fiscale.
👉 Le Conseil FIDUCIAL : Un salaire mensuel, même réduit, construit une “preuve de revenu” précieuse pour un projet immobilier. Ne négligez pas ce point si vous pensez avoir besoin d’un financement bancaire dans les années à venir !
Les autres leviers d’optimisation
Le véritable arbitrage n’oppose pas strictement salaire et dividende. Plusieurs instruments complémentaires renforcent la stratégie :
- L’épargne salariale (PEE, PER Collectif) : même en SASU, l’actionnaire unique peut mettre en place un plan et bénéficier d’un abondement. Ces sommes échappent en grande partie aux cotisations et à l’IR.
- La prévoyance et les protections complémentaires : une couverture invalidité/décès ou une mutuelle haut de gamme peuvent sécuriser le patrimoine familial, tout en étant déductibles fiscalement.
- Le versement de primes exceptionnelles : une prime de fin d’année, ou ponctuelle (nouveau client par exemple) réduit l’IS et permet d’ajuster la rémunération sans rigidifier les charges mensuelles.
- La constitution de réserves : au lieu de distribuer intégralement, une mise en réserve consolide la trésorerie et soutient les projets futurs (embauche, investissement matériel).
En tant que dirigeant, voyez large et considérez votre patrimoine comme un ensemble.
La “Taxe PUMa”, nécessaire en l’absence de revenus salariaux
Enfin, ne négligez pas la “taxe PUMa” (Protection Universelle Maladie, ou Contribution Subsidiaire Maladie) : sans revenu salarial, l’administration peut réclamer une cotisation santé forfaitaire.
Si ces deux conditions sont remplies simultanément, vous devrez payer une contribution pour continuer à bénéficier de la sécurité sociale :
- Vos revenus d’activité professionnelle annuels sont inférieurs à 20 % du PASS, soit 9 420 € en 2025.
- vous percevez des revenus du patrimoine et du capital supérieurs à 50 % du PASS, soit 23 550 € en 2025.
Un arbitrage mal calibré peut donc coûter plus cher qu’il ne rapporte…
Notre conseil : pour la rémunération, pensez global
Alors, salaire ou dividende ? La réponse n’est jamais univoque.
Tout d’abord, débarrassez-vous des idées reçues sur le salaire, qui n’est pas aussi coûteux qu’on pourrait le croire (et le dividende pas aussi faiblement taxé qu’il n’y paraît).
Ensuite, pensez global.
Chez FIDUCIAL, nous recommandons une architecture équilibrée : un salaire suffisant pour sécuriser vos droits et votre profil bancaire, des primes ou abondements selon les capacités de l'entreprise, une protection sociale renforcée pour optimiser l’IS et protéger vos proches, et des dividendes distribués en complément, après analyse de la trésorerie.
Votre conseiller FIDUCIAL Banque est à votre disposition pour vous proposer les solutions les mieux adaptées à votre situation.
